Courrier envoyé au cabinet du ministère de la santé et à la conseillère prévention

A l’attention de Madame la Directrice de Cabinet, xxx,
et de Madame la Conseillère prévention, Santé Publique et Numérique, xxx
Objet : Intégration d’une alternative vaccinale dans la stratégie de lutte contre la propagation du COVID-19 et du COVID Long en France *URGENT*
Madame la Directrice de cabinet, Madame la Conseillère,
Nous vous écrivons en tant qu’association de patient·es atteint·es de COVID Long luttant contre l’épidémie de COVID-19, afin de solliciter l’introduction rapide du vaccin Nuvaxovid pour contribuer à limiter la propagation du SARS-CoV-2 et ses dommages sanitaires.
À ce jour, seul le vaccin à ARN messager de Pfizer/BioNTech est disponible en France. Nous demandons un accès complémentaire et rapide à des alternatives basées sur des technologies classiques en complément du vaccin existant, notamment les vaccins à protéines recombinantes.
Nous avons sollicité à plusieurs reprises la DGS sur ce sujet, sans obtenir à ce jour de réponse claire. En tant que personnes affectées par le virus SARS‑CoV‑2 et ne disposant d’aucun traitement réellement efficace, nous estimons légitime de pouvoir bénéficier de l’ensemble des mesures de prévention disponibles afin de limiter les risques liés à d’éventuelles réinfections.
En 2026, rien ne justifie le monopole actuel de Pfizer sur les vaccins COVID‑19. Le passage en droit commun aurait pu être effectif, et le contrat d’État arrive par ailleurs à échéance. Pourtant, aucun accord ne semble avoir été conclu avec d’autres laboratoires proposant des alternatives vaccinales, et nous ne disposons d’aucune information de la part des autorités compétentes à ce sujet. Nous souhaiterions donc échanger avec vous sur les évolutions indispensables de la stratégie vaccinale pour la saison 2026-2027, ainsi que sur le calendrier de l’intégration en droit commun de vaccins alternatifs.
Alors que plusieurs pays voisins tels que l’Allemagne, l’Autriche ou encore le Royaume-Uni sont parvenus à sortir de leurs contrats d’État et proposent désormais des vaccins alternatifs, la France accuse un retard important. Pourquoi ce retard persistant dans la diversification vaccinale ?
- Une partie de la population est exclue du schéma vaccinal
Nous tenons à souligner que certaines personnes présentant des contre-indications formelles au vaccin Pfizer – parfois elles-mêmes à haut risque de forme sévère du COVID – ou ayant développé des effets indésirables sérieux lors d’une précédente injections (myocardite, choc allergique, etc.) restent aujourd’hui dans l’impossibilité de se faire vacciner. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un contexte d’absence totale de mesures de prévention de la transmission par l’air dans les lieux publics clos. Pour ces personnes, l’absence d’alternative vaccinale constitue une mise en danger injustifiée et inacceptable, et les expose à un risque constant et non compensé.
On nous a également informé de réactions d’intolérance chez plusieurs personnes atteintes de COVID Long, les conduisant à stopper leur schéma vaccinal. Certain·es avaient pu reprendre la vaccination lors de la mise à disposition du vaccin Novavax, ce qui constituait une avancée importante en cas de réinfection. Cependant, la fin de l’accès à ce vaccin les a privées de toute possibilité de poursuivre leur protection.
- Insuffisances de la stratégie vaccinale actuelle et pistes correctives
“Au 28 février 2025, la couverture vaccinale contre la COVID-19 chez l’ensemble des personnes ciblées par la vaccination était de 18,3%. Elle était de 21,7% chez les personnes âgées de 65 ans et plus, et de 8,2% chez celles âgées de moins de 65 ans à risque de Covid-19 sévère. Ces couvertures vaccinales sont légèrement en baisse par rapport à celles estimées pour la saison 2023- 2024 à la même date”
Source : Santé publique France / Bulletin Vaccination / Édition nationale / 28 avril 2025 / p. 29
Pour la vaccination COVID, le constat est particulièrement préoccupant: seules 8,2% des personnes de moins de 65 ans appartenant à la population cible ont été vaccinées en 2024-2025. Or, l’un des principaux freins à l’adhésion de la population au vaccin demeure la minimisation persistante de l’impact sanitaire du COVID-19, ainsi que l’absence d’information accessible et transparente sur les risques liés au COVID Long.
Le calendrier vaccinal en France [1] ne recommande la vaccination COVID qu’à partir de 65 ans, ce qui contraste fortement avec les recommandations d’autres pays qui préconisent la vaccination dès l’âge de 6 mois [2]. Cela implique que les enfants et jeunes adultes ne recevront aucune vaccination pendant toute une partie de leur vie, ce qui constitue un motif réel d’inquiétude. Pourtant, la littérature scientifique montre que la vaccination réduit le risque de développer un COVID Long après une infection au COVID, comme le montre cette revue de littérature [3] qui estime la baisse du risque à 27%.
Nous souhaitons également attirer votre attention sur l’étude publiée dans le JAMA Network [4], qui met en évidence les bénéfices de la vaccination COVID sur la mortalité des 18-59 ans en France : les principales causes de décès sont bien significativement moins fréquentes chez les personnes vaccinées, ce qui constitue une confirmation solide de la sécurité vaccinale et de ses bénéfices, y compris dans la population non cible. Les auteur·es y précisent que « Le COVID long est une affection fréquemment invalidante qui peut toucher 10 % des personnes infectées par le SARS-CoV-2.”, et qu’il “peut entraîner des conséquences à long terme, notamment cardiovasculaires. Les personnes présentant des séquelles post-aiguës du SARS-CoV-2 peuvent avoir un risque accru de mortalité à un an, et le fardeau lié à la mortalité et à la perte de santé peut persister pendant la troisième année suivant l’infection chez les personnes hospitalisées. La vaccination tend à réduire la survenue de ces complications, ce qui peut expliquer en partie la forte corrélation négative observée entre la vaccination et la mortalité non liée à la COVID-19″.
En effet, la vaccination baisse significativement le risque cardiovasculaires liés au COVID Long [5] . Elle devrait d’ailleurs être conseillée en cas de COVID Long Cardiaque, selon le consensus [6] de la Société Européenne de Cardiologie : “La vaccination et les doses de rappel doivent être encouragées chez les patients non vaccinés ou n’ayant pas reçu les rappels recommandés, en particulier s’ils appartiennent à des groupes à haut risque, car elles peuvent réduire à la fois le risque de COVID Long et de complications cardiovasculaires liées à la COVID-19”. Ce consensus précise également que, pour les personnes ayant eu des effets indésirables vaccinaux, une alternative vaccinale peut être envisagée : “Malgré le risque rare d’effets indésirables, les vaccins contre la COVID-19 réduisent significativement la gravité de la maladie aiguë et des symptômes persistants. De ce fait, une décision partagée et une vaccination de rappel peuvent être bénéfiques chez les patients ayant présenté des complications antérieures, potentiellement avec un autre type de vaccin, notamment s’ils sont considérés comme à haut risque d’infection aiguë ou de symptômes persistants”.
Nous visons à atteindre la couverture vaccinale la plus large possible, et la disponibilité de plusieurs alternatives tout au long de l’année y contribuerait. Nous estimons en effet que, bien que rares, les accidents vaccinaux doivent être reconnus lorsqu’ils se produisent. Paradoxalement, cette transparence combinée à un rappel constant des données très favorables concernant les vaccins à ARNm et à l’offre d’alternatives, constituerait un levier efficace pour contrer les discours de désinformation vaccinale.
- Renforcer l’adhésion vaccinale dans un contexte de défiance

Source: Etude Sanofi
Si l’on s’en réfère aux enquêtes et à la littérature scientifique sur le sujet de l’adhésion vaccinale, la population reste majoritairement favorable aux vaccins.
Cibler le groupe identifié comme hésitant mais influençable, par opposition aux opposant·es fermes dont les positions restent généralement immuables, nous permettrait d’améliorer la couverture vaccinale [7].
Bien qu’il ait joué un rôle déterminant au début de la pandémie, le vaccin Pfizer suscite aujourd’hui une réticence au sein de la population française. Celle-ci s’explique par la nouveauté de la technologie, la crainte de certains effets secondaires (céphalées, myalgies, myocardites…) et malheureusement, par l’impact durable de nombreux messages de désinformation relayés par les mouvements « Antivax ».
Disposer d’une alternative vaccinale nous permettrait aussi de mieux lutter contre la défiance vaccinale, notamment des malades chroniques. Des désinformateurs sèment le doute chez des personnes vulnérables en insistant sur le monopole dont dispose effectivement Pfizer, et, portés par l’absence de réponse médicale aux problèmes des malades, tentent de convaincre de la dangerosité des vaccins à ARNm. Au vu de la situation, disposer d’un vaccin à technologie classique nous aiderait également à contrer ces discours qui contribuent à éloigner une partie de la population de toute démarche de prévention, au-delà d’ailleurs du seul cadre du COVID-19.
Il est ainsi impératif de repenser l’ensemble de la chaîne vaccinale, depuis la diffusion des recommandations jusqu’aux conditions d’administration, afin de garantir à chacun un accès optimal et sécurisé à la vaccination. Cela doit passer par les sources d’information utilisées par les professionnels de santé – Ministère de la Santé, DGS, ARS, Santé publique France, mais aussi par les professionnels de Santé, en contact direct avec les patients.
- S’appuyer sur le corps médical pour améliorer l’information et inciter à la vaccination
Il est essentiel que cette stratégie s’appuie sur une recommandation claire des médecins de famille qui jouent un rôle déterminant dans la transmission d’informations fiables à ce public cible. Pour cela, les médecins doivent être pleinement formés et sensibilisés aux bénéfices de la vaccination, notamment à sa capacité à réduire significativement les risques de formes graves, de complications et de COVID Long [8].
Or, il apparaît qu’une part non négligeable des soignants demeure insuffisamment informée ou peu consciente de cette réalité, alors même que le COVID Long touchait deux millions de personnes en France en 2023, avec des conséquences profondes sur leur santé, leur autonomie, leur qualité de vie, leurs risques présents et futurs de complications médicales. L’étude COVIGIE [9] montre que 24% des médecins généralistes pratiquent la vaccination COVID dans leur structure et que seulement 22% recommandent systématiquement la vaccination aux personnes ciblées (les 80 ans et +, les immunodéprimés, les 65-79 ans, les moins de 65 ans avec comorbidités, les femmes enceintes). Ils évoquent trois raisons principales pour ne pas faire de recommandations systématiques: 1) un manque de temps (36%), 2) le COVID n’est plus une maladie grave (25%), 3) les vaccins ne sont pas suffisamment efficaces (22%).
Ces résultats alarmants soulignent l’urgence de mettre en place une communication claire et de renforcer les systèmes de formation.
- Une campagne hivernale inadaptée : appel à une nouvelle stratégie vaccinale COVID qui s’intègrerait dans des messages plus conformes à la réalité
L’étude COV‑BOOST, qui a comparé la réponse immunitaire de différents vaccins administrés en dose de rappel (booster), montre que le Nuvaxovid induit une très bonne réponse immunitaire, et même supérieure à d’autres options. Cette approche vaccinale « mixte » offrirait ainsi une alternative crédible, capable de rassurer une partie importante de la population tout en permettant à chacun de choisir la solution qui lui convient le mieux.
Enfin, les vagues de COVID n’étant pas hivernales avec une épidémiologie très différente de celle de la grippe, les campagnes vaccinales arrivent souvent trop tard, juste après l’infection d’une grande partie de la population cible. Ceci empêche la vaccination faute de délai suffisant entre infection et vaccination. Nous demandons donc également que cette évolution de la stratégie vaccinale permette un accès continu, tout au long de l’année et à tout âge, à la vaccination contre le SARS‑CoV‑2 (en s’appuyant par exemple sur la possibilité des flacons unidose). En 2025, deux pics importants ont été observés en juin puis en octobre, ce qui a eu pour conséquence que les personnes infectées en septembre n’ont pas pu bénéficier de la campagne vaccinale, qui s’est ouverte en octobre.
Par ailleurs, le COVID Long touche de manière disproportionnée certaines catégories de population: les femmes, les adultes jeunes et d’âge intermédiaire (18–55 ans) ou les personnes ayant vécu plusieurs infections successives. Or, ces groupes ne sont pas identifiés comme “à risque” par les professionnels de santé et ne font pas partie de la cible vaccinale, ce qui contribue à un défaut d’information, de prévention et de protection à leur égard.
Enfin, les conséquences du COVID ne sont pas identiques à celles d’autres pathogènes, et sa transmission aéroportée amène à devoir porter des stratégies de prévention spécifiques. Ce mélange hivernal amène une grande confusion, préjudiciable à la compréhension et la prévention : nous demandons une campagne ciblée COVID et COVID Long. De la même façon, la lutte contre la désinformation passe par une campagne dédiée à la prévention du COVID/COVID Long incluant la vaccination. De nombreuses personnes rapportent en effet, des symptômes COVID suivis de troubles persistants après une vaccination en pharmacie, qu’elles attribuent alors parfois au vaccin. Or, se faire vacciner sans masque adapté à la transmission par aérosols en période de campagne vaccinale calée sur l’épidémiologie de la grippe, et ce dans des lieux où la qualité de l’air n’est pas adéquate, expose à des risques inutiles d’infections, avec ou sans séquelles. Ces risques sont d’autant plus élevés que l’on se situe fréquemment en pic d’infections COVID à cette période, et que les tests les plus accessibles financièrement sont vendus en pharmacie (nous réitérons notre demande de rétablissement du remboursement des tests PCR sans ordonnance), ce qui fait se croiser dans le même lieu et sans protection, des personnes infectieuses et des personnes souhaitant se protéger par la vaccination. Ces situations alimentent la défiance vaccinale, imputant au vaccin une partie des effets de l’infection au COVID. Il est donc nécessaire d’aller vers une plus grande cohérence des messages et des pratiques, afin d’en renforcer l’efficacité et de favoriser l’adhésion aux mesures de santé publique COVID.
En tant que personnes directement concernées par le COVID et la stratégie vaccinale, nous souhaitons être pleinement informé·es et impliqué·es dans les décisions concernant la prévention de ce virus. Nous vous demandons donc de nous préciser rapidement la stratégie envisagée et le calendrier de mise en œuvre. Compte tenu de l’urgence de la situation et des délais de mise à disposition de cette option vaccinale, nous attendons votre réponse dans les meilleurs délais et restons pleinement disponibles pour tout échange complémentaire.
Nous vous remercions pour l’attention portée à notre demande et vous prions d’agréer, Mesdames, l’expression de nos salutations distinguées.
xxxxxxx, pour l’association Winslow Santé Publique
Liste des liens utilisés:
[1] https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/pdf_calendrier_vaccinal-12-2025.pdf
[2] https://www.cdc.gov/covid/vaccines/stay-up-to-date.html
[4] https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2842305
[6] https://academic.oup.com/eurjpc/advance-article/doi/10.1093/eurjpc/zwaf540/8255559?login=false
[7] https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667%2821%2900012-8/fulltext
[8] https://www.bva-xsight.com/sondages/vaccination-covid19-sondage-2025/
[9] https://covigie.org/publications/COVIGIE_Enq_n_6_infographie.pdf
Pour accompagner notre argumentaire, vous trouverez ci dessous des sources montrant l’efficacité du Nuvaxovid :
- Stratégie de vaccination contre le Covid-19, Révision de la pace du vaccin NUVAXOVID: https://www.has-sante.fr/jcms/p_3703269/fr/strategie-de-vaccination-contre-la-covid-19-revision-de-la-place-du-vaccin-nuvaxovid
- Efficacité en vie réelle de Nuvaxovid (générée en Corée du Sud) confirmant une efficacité similaire entre le vaccin Nuvaxovid et le vaccin ARNm de Pfizer: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0264410X25007935?via%3Dihub
- Etude COVIGIE, données d’acceptabilité vaccination COVID19 auprès des professionnels de santé: https://covigie.org/publications/COVIGIE_Enq_n_6_infographie.pdf
- Etude d’acceptabilité patients (vaccination et vaccination COVID19), réalisée par BVA pour Sanofi: https://www.bva-xsight.com/sondages/vaccination-covid19-sondage-2025/