…A moins qu’elle ne souffre d’un Covid Long. Et comme nombre de vulnérables dont elle fait désormais partie, ne soit mise à l’isolement et hors d’état de servir…
On ne se cache pas derrière des mots rendus creux à force d’usage répété et faussement performatif : innovation publique, start up nation, disruptivité, task force, résilience, intelligence collective. Des paravents, littéralement.
Nous ne goûtons guère le bullshit managérial et le vernis qui cachent mal une politique de santé en kit et sur le modèle suédois ; ce n’est pas notre truc. On lui préfère le durable.
Chacun a ses boussoles, nous avons les nôtres. Qu’aurait pensé Albert Camus de notre époque et du visage de notre société ? Son œuvre ne laisse que peu de doutes, et la réponse nous conforte dans notre combat.
Qu’aurait pensé Charles-Edward Amory Winslow qui a défini la santé publique contemporaine dans Science en 1920 ? Qu’aurait-il pensé des politiques de santé publique actuelles ?
Reprenons synthétiquement sa définition point par point. « La santé publique est la science et l’art de prévenir les maladies, de prolonger la vie ». Ah oui, la prévention. Disons que c’est raté pour les contaminations à répétition, les Covid Longs, les séquelles neurologiques, pulmonaires et cardiovasculaires et bien évidemment tous les décès dont on est obligés désormais de préciser qu’ils étaient très souvent évitables. Nous en sommes là, oui. Et plusieurs études ont déjà estimé l’impact du Covid sur l’espérance de vie, la baisse ayant été qualifiée par une équipe d’Oxford de « la plus importante depuis la deuxième guerre mondiale ».
« Promouvoir la santé et les capacités physiques à travers les efforts coordonnés de la communauté pour l’assainissement de l’environnement. » Tiens, cela nous fait penser au fameux chantier de l’air pour lequel nous nous battons depuis deux ans au moins. Pour cela, il faudrait reconnaître que le Covid est aéroporté. Il faudrait rappeler ce qui est passé sous silence depuis Omicron… Mais reconnaître de nouveau que ce virus est grave obligerait à faire des efforts pour le prévenir… il s’agit ici du « contrôle des infections dans la population », qui constitue un des leviers de la santé publique. Celui qu’Olivier Véran a lâché de panique à l’arrivée d’Omicron tout en cédant à la pensée magique qu’il était intrinsèquement une chance.
Une chance tombée au bon moment dans l’agenda politique. « L’éducation de l’individu aux principes de l’hygiène personnelle ». Hé ! on est Français, nous. On a lu Reiser. On ne va pas « grand-remplacer » notre mode de vie.
« L’organisation des services médicaux et infirmiers pour le diagnostic précoce et le traitement préventif des pathologies. » Là on est tenté de développer, mais on ne veut pas perdre nos lecteurs qui ont déjà tout lu à ce sujet. Force à eux. Force à nous. Et fatigue.
« Le développement des dispositifs sociaux qui assureront à chacun un niveau de vie adéquat pour le maintien de la santé. » Ici, nous sommes carrément dans un droit constitutionnel. Mais nous avons pu constater que le Droit fondamental comme l’état de la science souffraient de ce qu’il est convenu désormais d’appeler le « narratif », l’alt-réalité (souvent provenant de l’alt-right dont l’hégémonie sur tous les pans de l’action publique occidentale ne peut plus être niée).
« L’objet final étant de permettre à chaque individu de jouir de son droit inné à la santé et à la longévité. » Là aussi, nous sommes sur un principe fondamental de notre constitution. Mais l’espérance de vie baisse sur toutes les classes d’âges, la mortalité infantile augmente depuis une décennie, et les sociétés savantes comme les hautes juridictions sont atones.
Santé publique VS responsabilité individuelle :
Que personne ne s’y trompe. L’individualisme n’est roi qu’en occident. Et c’est ce qui nous ruine déjà. A tout point de vue, pas seulement sur les questions de santé ; mais également sur les questions économiques par le séparatisme des très riches, sur la cohésion sociale, le projet commun…
L’intérêt général et la définition française de la nation que l’on doit à Ernest Renan « le désir de vivre ensemble » sont sacrifiés sur l’autel du court-termisme et du consumérisme.
Du « vivre ensemble » et du contrat social : tous les vulnérables ont compris, par une politique étatique misant sur la division depuis l’été 2021 et les excluant eux, spécifiquement, depuis Omicron, qu’ils ne rentraient plus dans l’agenda néolibéral dont le spencerisme (ou Darwinisme social) est une déviance naturelle, faute de garde-fous. Les vulnérables ne peuvent plus « traverser la rue ». Les futurs vulnérables attendent leur tour, sans avoir parfois compris qu’ils étaient eux-mêmes, aussi, sur le tapis roulant d’une civilisation (du) jetable et de l’obsolescence programmée.
Les eugénistes se régalent.
Nous avons un scoop pour ceux qui doutent encore : sans santé publique, il ne peut y avoir de santé communautaire ni de protection de l’individu. L’uberisation de la santé de chacun est l’assurance que l’écart d’espérance de vie se creusera plus encore entre riches et pauvres.
Quant à ceux qui le savent mais poussent toujours plus à la conflictualité inhérente au néolibéralisme qui n’en finit pas, par sa crise perpétuelle, depuis 40 ans, de montrer son incapacité systémique à garantir sa propre durabilité tout en voulant nous faire croire qu’il est un horizon indépassable ; quant à ceux-là, pas de faux-semblants : ce sont des ennemis à combattre. La guerre contre l’intérêt de tous pour des intérêts particuliers, ils l’ont commencée il y a plusieurs décennies. Et cette crise majeure (doublée de la crise environnementale) a été l’occasion parfaite pour eux de retirer ce droit fondamental à la santé, pendant qu’une petite partie du peuple ventriloquait leur seul credo : la libertaay. Nous avions le regard détourné par l’épouvantail des libertés individuelles : à force de confusionnisme coupable, on a réussi à rendre dominante l’idée que la santé publique serait une privation de liberté. « Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes » a philosophé Karl Marx. Les classes populaires, privées de santé publique et de système de soins, devraient réfléchir à deux fois quand elles partagent les assertions du gouvernement. Particulièrement quand celui-ci les renvoie à leur responsabilité individuelle et les abandonne au « vivre avec ».
Sources :
en 2020 : https://theconversation.com/epidemie-de-covid-19-quel-impact-sur-lesperance-de-vie-en-france-141484.
En 2021 : https://www.research.ox.ac.uk/article/2021-09-27-covid-19-has-caused-the-biggest-decrease-in-life-expectancy-since-world-war-ii ; https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/27/le-covid-19-a-fait-plonger-l-esperance-de-vie-en-2020_6096211_3244.html
(pour abonnés) : https://www.liberation.fr/international/covid-19-apres-des-annees-de-progres-lesperance-de-vie-en-chute-libre-20210927_BUOWYQASOZDLBLCTAAEHSCX4RM
6 août 2022 21:52